Ce qui est chouette avec une campagne présidentielle, c'est qu'on entend parler de plein de trucs auxquels on ne comprend rien. Et moi, ce que j'aime le plus pour ça, c'est les chiffres. Très insidieux le chiffre. On croit qu'on comprend mais en fait non.
Personnellement, je compte en euros. Mais là, généralement, ça parle en millions quand ce n'est pas en milliards. Des constats sur la dette de l'Etat (lisez la suite vous en saurez plus...) aux propositions d'augmentation du budget de la recherche, on voit défiler toute une parade de petits et grands chiffres. Rarement replacés dans leur contexte.
Du coup, je suis partie à la conquête de ce contexte. Je me suis dit, partons du budget de l'Etat, car c'est bien de ça qu'on parle. Sauf qu'en cherchant un peu, j'ai vite réalisé qu'en fait, les finances publiques, ce n'est pas que le budget de l'Etat. C'est aussi celui des collectivités locales (communes, départements, régions...) et de l'administration de la sécurité sociale (assurance maladie, assurance vieillesse, famille et accident du travail).
Ah, non, ne vous découragez pas déjà ! C'est très intéressant. Regardez, par exemple, la Sécurité Sociale seule pèse plus que l'Etat dans son ensemble. Et une info supplémentaire : l'Etat et les collectivités territoriales dépensent aussi un peu pour la protection sociale et la santé. Au final, 56% des dépenses publiques (soit plus de 500 Milliards en 2005) qu'on va appeler la grosse moitié, sont consacrés à la protection sociale et la santé. Les deux gros postes, c'est l'assurance maladie et l'assurance vieillesse. Cela dit, pour vous rassurer, lorsqu'on ramène ces dépenses publiques sociales au PIB, on est grosso modo au niveau des pays du nord de l'Europe et de l'Allemagne. Ouf, alors !
Ensuite, vous avez vu ? On a un sacré différentiel entre les dépenses et les recettes. 50 Milliards en 2005. C'est ce qu'on appelle le déficit public. Vous n'étiez pas au courant ? Mais où étiez-vous ces dernières semaines ? Bon, pour info quand même, c'est en majeur, l'Etat et en mineur, la Sécurité sociale qui en sont les gros contributeurs. La dette publique, c'est alors le cumul de tous les déficits, un pactole qui s'élève à désormais 1200 milliards, soit 65% du PIB en 2006. Et là, on se classe pas vraiment bien parmi les pays européens. Pour l'anecdote, le service de la dette, c'est à dire le paiement des intérêts a représenté près de 40 milliards en 2006. Ces 40 milliards apparaissent dans le budget de l'Etat et constitue son deuxième poste de dépense après l'enseignement. Ce qui fait dire logiquement que la dette nourrit la dette... Enfin, pour rappel, les montants maximum autorisés par le traité de Maastricht (3% du PIB pour le déficit et 60% pour la dette) ne sont plus respectés depuis 2002.
(pour le paragraphe suivant, j'avoue, je me suis bien inspirée du site www.vie-publique.fr)
Pour autant, peut-on affirmer que la dette publique constitue un fardeau pour nos enfants ou pour les générations futures ?
OUI, si cette dette a financé des dépenses de consommation courante ou si la charge de la dette freine la croissance économique. NON, si cette dette a financé des dépenses d'éducation, de santé, d'infrastructures ou d'équipements collectifs dont profiteront nos enfants, ou bien des dépenses de nature à soutenir la croissance et, par conséquent, le niveau de vie des générations futures.
Il découle assez logiquement de ces réponses intuitives l'idée d'une "règle d'or", que l'on retrouve dans la loi constitutionnelle allemande et dans la comptabilité des collectivités territoriales en France, et qui consiste à ne pouvoir financer par endettement que des investissements. Il convient pourtant de ne pas dramatiser le risque d'insolvabilité de l'État : contrairement aux ménages, qui doivent rembourser leurs dettes sous peine de voir leur héritage amputé, la continuité de l'État lui permet, en théorie, d'être perpétuellement endetté. Par ailleurs, le maintien d'un socle minimal de titres de dette publique est nécessaire au bon fonctionnement des marchés financiers modernes.
Vous êtes encore là ? Alors, vous devez savoir un peu compter en milliards maintenant, non ?

