Parce qu’il faut bien attaquer le cœur (du problème), aujourd’hui séance anatomie. Voilà qui devrait au passage satisfaire les fans de séries américaines (et vous verrez, y a du casting). Ma blouse d’interne étant au pressing, vous ne me verrez pas en tenue officielle. Désolée… D’autant qu’une girafe en blouse ça a méchamment du style. Cela dit, croyez moi, même sans l’uniforme, la girafe, ça s’y connaît à mort en anatomie.
Alors l’anatomie, c’est quoi ? L’anatomie, c’est « l’étude scientifique de la structure et de la forme des êtres organisés ainsi que des rapports entre leurs différents organes». Alléchant, hein ? Bon, je vous la fais plus simple sinon vous allez directement vous rendre aux urgences. Ce que je vous propose c’est de l’anatomie politique, c'est-à-dire l’étude du squelette des programmes dans lequel, comme des petits muscles et des petits organes, se réinscrivent ensuite toutes les petites propositions et toutes les grandes questions. Voilà donc ce que j’ai compris, avec mon cerveau de girafe, de la substantifique moelle des positionnements des trois candidats.
En trois lignes.
La structure anatomique de Madame Royal c’est l’ordre juste.
Celle de Monsieur Bayrou, c’est le rassemblement.
Et enfin, celle de Monsieur Sarkozy, c’est l’autorité et le mérite.
En trois paragraphes
L’ordre juste de Madame Royal repose sur les institutions sociales. La famille, l’école et l’emploi sont ainsi au cœur de son projet. Parallèlement, l’ordre juste c’est aussi une conception de la croissance reposant sur trois piliers : l’économique, la qualité sociale et le développement écologique. A la clé de cet équilibre, la confiance qui se fonde sur la sécurisation des salariés et par ricochet, la compétitivité des entreprises. Pour cela, la relance du dialogue social est un impératif. Et pour Madame Royal, cet impératif, seul le PS est en mesure de le satisfaire. A noter, le constat de départ se fonde sur la remontée des débats participatifs. Il présente deux «souffrances» (liées entre elles) : d’une part, le chômage et la précarité ; d’autre part, l’insécurité et les violences. Dans la forme et à l’image de ce qui avait été mené par Clinton et Blair, Madame Royal pratique ce qu’on appelle la triangulation. Plutôt que d’affronter les thèmes de l’adversaire et dans le cas présent de la droite, elle se les réapproprie en disant qu’il y a des solutions de gauche considérant que ces problèmes sont en fait des problèmes de tout le monde. Et parallèlement, ça ne l'empêche pas de s’ouvrir à d’autres thématiques propres
Le rassemblement de Monsieur Bayrou est un rassemblement avant tout par opposition à deux camps, partant du constat que leur confrontation est la cause des difficultés de la France et suppose leur incapacité à les résoudre. Est mise en avant la volonté de sortir de l’enfermement et d’initier le changement. L’objectif est de former un gouvernement d’union nationale, sur un mode de fonctionnement inspiré de la IVème république. Prenant acte notamment de la dette et du déficit, François Bayrou se positionne comme un bon gestionnaire plutôt qu’un visionnaire (en témoigne la modestie du coût de son programme). Son livre projet « Projet d’espoir » met l’accent sur le rassemblement et rejette l’idée d’« un programme avec 1000 et une proposition ». Les quelques lignes directrices qui se dégagent sont alors issues du centre (comme la tradition d’attachement à l’Europe) de la gauche (comme la place centrale faite à l’éducation) et de la droite (comme son discours économique). Il considère ainsi que si l’économie échoue en France ce n’est pas parce qu’elle a trop de liberté mais parce qu’elle n’en a pas assez et que n’en ayant pas assez, il n’y a pas assez de confiance.
Monsieur Sarkozy fonde son programme sur les valeurs traditionnelles de la droite, en tête desquelles l’autorité et le mérite mais aussi l’effort, la récompense, le respect, l’autorité voire la fermeté. Face à certaines demandes de normes, il donne des repères. Droit dans ses bottes et dans ses valeurs, il marque un virage très à droite, même pour cette partie de la classe politique française. Le principe de son projet est de décliner ce corpus de valeur dans les différents sujets : société et sécurité («La meilleure des préventions c’est la menace de la répression»), immigration (choisie, et donc méritée, plutôt que subie), école (retour à l’autorité)… A souligner, le travail est avancé comme élément structurant de sa philosophie. Il lui permet de toucher au travers de l’ensemble la France qui travaille, les catégories populaires et les classes moyennes, qui avaient notamment manqué à Monsieur Jospin en 2002. C’est une segmentation distincte de celle de la précarité qui réunit outre les travailleurs pauvres, les chômeurs. Visant à ce que les gens vivent du produit de leur travail et non pas de l’assistanat, son projet donne une hyper-priorité à l’incitation à l’activité en laissant de côté le social un peu «assistantiel». Il propose ainsi de «travailler plus pour gagner plus », une proposition qui fait débat étant donné qu’il existe déjà aujourd’hui un contingent d’heures supplémentaires et qu'en outre la décision est généralement entre les mains de l'entreprise et non du salarié. Plus largement, l’objectif est de remplacer la logique du partage par celle de la croissance (l’un étant supposé exclure l’autre), considérant que distribuer une richesse qu’on n’a pas créée, n’a pas de sens.
En trois défis
Pour Madame Royal, le défi à relever est celui, difficile mais impérieux, qui a été posé le
Pour Monsieur Bayrou, au-delà du discours de rassemblement et de dénonciation du système de bipolarisation, le défi c’est de nourrir le contenu de son programme. Car rassembler certes mais dans quelle direction, ce n’est pas encore très clair. Est-il possible de rassembler des gens de gauche et de droite pas vraiment d’accord, dans un système démocratique qui repose sur l’alternance (qui permet de montrer son approbation ou sa désapprobation) ? Au-delà, une réponse doit être donnée au risque d’immobilisme et de moins disant lorsqu’on rassemble des partis d’inspirations aussi opposées.
Pour Monsieur Sarkozy, le défi objectif, c’est de faire accepter l’idée de rupture, mise en avant dans son slogan de campagne, alors qu’il est à la fois issu d’un gouvernement sortant et à la tête du parti de ce gouvernement. Le deuxième terme de son slogan (tranquille) vient en outre heurter ce qui fonde son positionnement. Nicolas Sarkozy est en effet l’un des rares leaders qui ne soit pas un « pur intellectuel » (sans contester son intelligence) mais plutôt un pragmatique, un homme d’action.
To be continued
Bon, ben voilà pour l’épisode pilote. Il est possible que certains personnages vous rappellent «Desperats Housewives», certains élements l’île déserte de «Lost» ou certains fonctionnements le monde pénitenciaire de «Prison Break». Cela dit, si vous attendez un peu vous aurez droit aux «Heroes» et à leurs super pouvoirs. A moins que vous n’espériez le retour de quelqu’un qui, lui, a déjà fait ses preuves au plus près des fonctions présidentielles… Jaaaaaaaaaack !!!!
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L’UMP est l’héritière du RPR, Rassemblement pour la République fondé en 1976 et lui-même descendant du gaullisme. Issu des mouvements de la résistance à la fin de la seconde guerre mondiale, le gaullisme prône un état autoritaire, centralisé mais qui repose sur l’adhésion populaire et défend l’indépendance nationale. Avec le RPR, le gaullisme devient un parti conservateur
Officiellement créée en 1978, l’UDF s’est construite autour du slogan «social, libéral et européen», alors en refus du programme commun de la gauche et du gaullisme. L’UDF est l’héritière d’une multitude de familles de l'humanisme social et européen, des formations centristes allant radicaux aux chrétiens-démocrates en passant par les indépendants. Si, sous la IVème République, toutes ont participé aux gouvernements, elles ne sont jamais parvenues à contribuer à l’établissement d’un régime stable, les questions de l’enseignement privé et de la laïcité notamment, les ayant toujours séparés. Au moment de la création de la Vème République, ces partis se sont rassemblés en opposition au parti gaulliste et autour de points communs : l’Europe et l’atlantisme. Après une période difficile au cours des années 1980 et 1990, l’UDF tente le pari de l’autonomie. A la suite des élections régionales de 1998, sa principale composante, le Parti Républicain renommé Démocratie Libérale et dirigé par Alain Madelin quitte l'UDF. Refusant toute compromission avec l'extrême droite et notamment l'élection de certains candidats UDF avec les voix du FN, François Bayrou prend alors la tête de l’UDF affaibli. En 2002, avec le refus de Jacques Chirac réélu de constituer une large coalition à partir de l'UDF et